vaccinations obligatoires

Vaccinations obligatoires et ceinture de sécurité, une même logique

Face aux vaccinations obligatoires en 2018, retrouvez la position du Dr Jean SARLANGUE, pédiatre référant en infectiologie à l' Hôpital des Enfants de Bordeaux.

"Je suis personnellement favorable à l’extension de l’obligation vaccinale pour 8 vaccins déjà anciens, mais seulement recommandés, chez les enfants de moins de 2 ans.

Ces vaccinations obligatoires concernent des maladies assez fréquentes et potentiellement très graves : les méningites à Haemophilus influenzae b, à pneumocoques et méningocoque C, la coqueluche, l'hépatite B, la rougeole, la rubéole et les oreillons. Cette extension des vaccinations obligatoires ne changera rien pour les 75 à 80% des nourrissons dont les parents ont déjà librement choisi de vacciner contre ces maladies.  Mais, alors que ces vaccins sont très largement pratiqués dans le nord de l’Europe sans aucune obligation, la couverture vaccinale est insuffisante en France pour assurer une protection individuelle et collective efficace à tous les enfants.

Des maladies qui sont loin d’avoir disparu

Des décès encore trop nombreux

Il y a eu, en France en 2015, une dizaine de décès de nouveau-nés atteints de coqueluche, 500 infections à méningocoque amenant 50 décès d’enfants ou d’adultes jeunes, plus de 1000 décès d’adultes des suites d’une hépatite B, parfois acquise dés la 1° année de vie.

Endémie de Rougeole en France

En 2017, la France reste un pays endémique pour la rougeole2. Les cas sont d’ailleurs 6 fois plus nombreux  depuis le début de l’année par rapport à l’année dernière. Ceci fait craindre une nouvelle flambée épidémique, comme en 2011 avec 15000 cas.  On retrouve, actuellement, une augmentation des cas de rougeole également dans d’autres pays européens …

Des cas de méningite qui pourraient être évités

En Avril 2017,  une enfant de 21 mois a séjourné à l’Hôpital des Enfants pour une méningite à Haemophilus car ses parents , troublés par la fameuse pétition des anti-vaccins qui a circulé sur le Net et faussement « informés »  par un professionnel , n’avaient fait administrer à leur enfant que le DTP…

Pourtant le vaccin contre cette bactérie a eu un impact spectaculaire. En France, depuis 1999, aucun cas n’a été identifié chez un enfant ayant reçu les 4 doses de vaccins recommandées. Et nous n’en avions plus observé à Bordeaux depuis une quinzaine d’années.

J’ai rassuré ces parents qui se sentaient forcément coupables en les considérant plutôt comme des victimes des rumeurs et fausses informations sur les vaccins. Ils ont d’ailleurs fait pratiquer ensuite le vaccin contre la méningite à  méningocoque C.

 Ceinture de sécurité et vaccinations obligatoires un même combat

 « Un petit clic vaut mieux qu’un grand choc »

securite enfantCe slogan évocateur du début des années 1970 entendait signifier qu’un simple geste de bon sens peut éviter une grosse catastrophe. Mais la stratégie informative et incitative avait montré rapidement ses limites. Et c’est l’obligation du port de la ceinture de sécurité, le 1er juillet 1973, qui a enfin  permis en moins de 6 mois d’observer une chute de 30% de la mortalité routière (18 000 morts en 1972 !).

La comparaison avec les vaccins est légitime, car leur utilité n’est « visible » qu’en cas de contact avec l’agent infectieux. Si dans les pays industrialisés le risque infectieux a beaucoup diminué, notamment grâce aux vaccins (qui sont en quelque sorte victimes de leur succès), personne n’est à l’abri de rencontrer un microbe.

Vaccins et maladie

Or une seule injection contre le méningocoque C suffit à protéger des conséquences de cette rencontre.  Deux administrations de vaccin ROR sont efficaces pour assurer une immunité durable toute la vie …

 

Il faut protéger les plus vulnérables

Si le port de la ceinture de sécurité ne diminue pas le risque de percuter un obstacle, beaucoup de vaccins ont par contre un effet sur la circulation des microbes en diminuant le nombre de malades contagieux (rougeole, coqueluche...) mais aussi de porteurs « sains » de bactéries (celles des méningites notamment) et de virus (hépatite B).

Vaccin et protectionCet effet sur la  population générale  bénéficie de façon indirecte aux sujets  non vaccinés,  du fait de leur âge ou de leur maladie,  mais il n’est tangible que si la couverture vaccinale atteint un seuil suffisant,  variable selon la contagiosité de la maladie. Ainsi il faudrait que 95% de la population soit vaccinée vis-à-vis de la rougeole pour que la circulation de ce virus soit interrompue et que les nourrissons de moins d’1 an ou les patients immunodéprimés ne puissent plus être contaminés. De même, c’est la vaccination large des adultes vis-à-vis de la coqueluche qui limitera le nombre de décès de nouveau-né liés à cette maladie. A l’inverse, il est démontré que la vaccination des jeunes enfants vis-à-vis du pneumocoque diminue le risque de septicémies ou de pneumonies pour les personnes âgées de leur entourage.

Ces vaccinations obligatoires bénéficient d’essais cliniques et d’une surveillance équivalents, voire supérieurs à ceux de tout médicament.

Dés la décision d’obligation du port de la ceinture de sécurité, le débat s’était installé avec les défenseurs des libertés individuelles utilisant parfois des «mensonges qui tuent » en arguant des automobilistes coincés dans un ravin ou brûlés dans leur véhicule alors que justement la ceinture permet de rester conscient et de pouvoir s’extraire. S’il est exact que le port de la ceinture de sécurité peut entrainer des traumatismes (brûlures, lésions costales), ceux-ci sont bien moins importants que ceux subis en l’absence de cette protection.

La même problématique se pose avec les vaccins : on ne peut nier certaines réactions d’inconfort (douleur localisée, fièvre modérée et transitoire), ni de très rares cas d’accidents allergiques le plus souvent prévisibles par l’interrogatoire.

Il est également certain  qu’un certain nombre de patients vaccinés développent ultérieurement des maladies parfois graves. Seulement  celles-ci surviennent avec la même fréquence chez des sujets non vaccinés !  Aussi, la responsabilité du vaccin dans l’apparition de ces maladies n’est pas démontrée .

Rougeole et Autisme

Le lien, entre le vaccin rougeole et l’autisme, largement relayé sur Internet, avait  été suggéré par un gastroentérologue anglais. Il s’est avéré que l’étude en question était en réalité une fraude scientifique. Les résultats des dossiers des 12 patients avaient été falsifiés … Des études internationales avec un nombre beaucoup plus significatif d’enfants n’ont jamais retrouvé, et pour cause, ces résultats.

Pour plus de précisions consulter également l'article : Le film “Vaxxed” sur les écrans).

Hépatite B et Sclérose en plaques

La relation supposée entre le vaccin hépatite B et la survenue de sclérose en plaques n’a également été suggérée qu’en France. Or les enfants reçoivent ce vaccin à la naissance dans 181 pays du monde !

En Mars 2016, la juge d’instruction en charge du dossier de la vaccination contre l’hépatite B a prononcé un non-lieu.  Elle met ainsi un terme au volet judiciaire de l’affaire3.  La justice n’a pu, comme les scientifiques du monde entier, établir que ce vaccin était responsable de scléroses en plaques. Le vaccin Hépatite B a pourtant été délivré à 20 millions de Français dans les années 1990.

ET les adjuvants ...

Adjuvants et vaccinsEn ce qui concerne les adjuvants , il est intéressant de noter que ce principe de renforcement de l’efficacité des vaccins sur l’immunité a été élaboré par Ramon, élève de Pasteur, il y a plus de 90 ans. Mais « nul n’est prophète en son pays ».

A quoi sert l'adjuvant ?

C’est l’adjuvant qui permet de diminuer le nombre d’injections. C’est ainsi qu’une dose tous les 20 ans pour DTPCoq est suffisante chez l’adulte jusqu’à 65 ans. Ensuite une dose tous les 10 ans permet une bonne protection.

Vaccins et Aluminium

La polémique concernant l’aluminium est surtout active en France. Pourtant des milliards de doses vaccinales ont été administrées à 4 générations d’individus dans le monde entier. L’aluminium est d’ailleurs présent dans notre alimentation quotidienne, en grande quantité dans le chocolat et les tisanes notamment. Les doses injectées lors des vaccinations obligatoires tout au long de sa vie sont bien inférieures à celles qui passent dans la circulation après avoir consommé du chocolat ! ET, de plus, elles sont extrêmement  éloignées des doses qui seraient toxiques …

Libertés individuelles, Droit des Enfants et Intérêt collectif

Un objectif de santé publique

liberte et enfantAvec la vaccination, on est face au seul domaine de la santé publique où le choix démocratique ne peut pas toujours se faire à l’échelle individuelle. Les vaccins obligations édictées dans la 1° moitié du XX° siècle avaient pour objectif d’interrompre des épidémies. Celui-ci a été atteint pour la variole. Il est en passe de l’être pour la poliomyélite s'il n'y a pas de relâchement de la vaccination.

L’obligation générale du BCG a été levée après la baisse significative de la fréquence de la tuberculose en France.

Des textes de loi non remis à jour

Les 8 vaccins concernés par l'élargissement des vaccinations obligatoires sont apparus après 1980. Ils ont donc été commercialisés après les textes de loi rendant certaines vaccinations obligatoires. Ils sont simplement recommandés, mais ils sont tout aussi indispensables. Or il est exceptionnel que 95% de la population se sente spontanément concernés par la vaccination. Et ceci est le seuil indispensable pour l’éradication de la rougeole par exemple.

Une protection indispensable pour l'enfant

La protection d’un enfant relève bien sûr de la responsabilité de ses parents, mais aussi de la société. Parce que les enfants sont plus vulnérables que les adultes, parce qu’ils n’ont ni droit de vote ni influence politique ou économique, parce que le développement sain des enfants est crucial pour l’avenir de toute société, le monde s’est doté en 1989 de la « Convention internationale des droits de l’enfant ». Un des droits essentiels est celui d’être soigné, protégé des maladies et le principe fondamental est l’intérêt supérieur de l’enfant.

Un nombre limité d'injections

Ce qui est envisagé n’augmenterait le nombre d’injections que de six dans les 2 premières années de vie. De plus, dans les 6 injections, il y en a 4 pour prévenir les méningites. Car  trois des vaccins concernés sont déjà partie intégrante des vaccins hexavalents. De plus  ces vaccins hexavalents sont largement utilisés dans le monde entier, et facilement accessibles. Rappelons que les pays en voie de développement ont des stratégies et calendriers différents. Le vaccin ROR est un vaccin triple qui, en 2 injections,  protège définitivement contre rougeole, oreillons et rubéole.

Vaccinations obligatoires et perception du risque

Pour finir, il faut souligner le problème majeur qui est la perception du risque représenté par les maladies infectieuses.

Ce risque semble malheureusement bien faible face aux rumeurs et contre vérités concernant la sécurité des vaccins très médiatisées !

vaccins recommandesLe paradoxe est que l’opinion publique se retourne pourtant vers les chercheurs pour disposer rapidement d’un vaccin lorsque de nouveaux virus sont découverts. Citons les cas du VIH, des virus Ebola,  chikungunya, Zika ..."

 

Vous pouvez également consulter :

Et le chapitre : Tout savoir sur les vaccins

 

Sources :

  1. Jean Sarlangue, "Ces huit vaccins sont indispensables", Mag Sud Ouest, p12-15.
  2. Epidémie de Rougeole en France. Actualisation. Site de l'Institut de Veille Sanitaire [consulté le 12 octobre 2017]
  3. Vaccin contre l’hépatite B et sclérose en plaques : non, la justice européenne n’a pas reconnu le lien. Les décodeurs. Lemonde.fr. 12 juillet 2017.

Auteur :
Dr Jean Sarlangue
Dr Jean SARLANGUE
Pédiatre, Infectiologue
Responsable de l'unité de Néonatologie au CHU de Bordeaux

 

Date de publication : 27 novembre 2017
Dernière révision de l'article : 27 novembre  2017

 

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